Le portail du fonds pour le journalisme en communauté française de Belgique

LES ENFANTS DU TROTTOIR - Frédéric Loore/Roger Job

Journaliste: Frédéric Loore
Photographe: Roger Job
Média: Paris Match Belgique, Agence Reporters
Bourse: 7.700 €
Publication: mai-juin 2010


Projet
Enquête sur le sort des mineurs étrangers non accompagnés en Belgique, exploités à des fins de mendicité organisée, de vols et de cambriolages, ainsi que dans le trafic de drogue et la prostitution.

Résumé
La traite des êtres humains est une réalité liée à la migration et à la recherche d’une vie meilleure. La Belgique n’échappe pas au phénomène. Les nouveaux esclaves des temps modernes ont quitté un village du Sud de la Chine, fui un bidonville d’Afrique de l’Ouest ou déserté un ghetto rom d’Europe centrale. Clandestins, ils se terrent dans les sous-sols ou les arrière-cours de Charleroi à Anvers ou de Bruxelles à Liège, et alimentent une immense économie souterraine, entretenue par des recruteurs et des marchands de sommeil.

Au cœur de ce no man’s land, on trouve une catégorie de victimes particulièrement vulnérables: les mineurs étrangers. Plus précisément, les mineurs voyageant seuls, appelés MENA (mineurs étrangers non accompagnés). Ces jeunes en exil sont trafiqués et exploités à des fins criminelles: prostitution, mendicité organisée, trafic de drogues, criminalité itinérante, exploitation économique, etc. Dans le monde, on estime qu’environ 1,2 million d’enfants et d’adolescents sont victimes chaque année de ce business effrayant.

La Belgique est très concernée par le phénomène. Selon des estimations minimalistes, quelque 2.000 MENA entreraient chaque année sur notre territoire. Beaucoup disparaissent dans la nature quelques heures à peine après leur arrivée. L’ironie de l’histoire, c’est que notre pays fait généralement figure de bon élève de la classe européenne en raison de sa législation "antitraite" - très valable sur le papier et unanimement reconnue… mais bien inopérante sur le terrain.

Revue de presse
>>> Partie 1 - Lire l'article en pdf (Paris Match Belgique, 27 mai 2010)
>>> Partie 2 - Lire l'article en pdf (Paris Match Belgique, 3 juin 2010)

ZOOM : Les scoops de Seymour Hersh



En 1969, après un an d’enquête, le journaliste américain indépendant Seymour Hersh révèle le massacre des villageois du hameau de My Lai (Vietnam) par des soldats de l’US Army. A cette époque, il est l’un des premiers journalistes à bénéficier d’une bourse de quelques milliers de dollars du Fund for Investigative Journalism à Washington, financé par le philanthrope Philip M. Stern. Ce travail lui vaudra un prix Pulitzer.

Trente-cinq ans plus tard, il révélera pour The New Yorker les tortures à la prison irakienne d’Abu Ghraib. Invité à la Conférence internationale de Genève, qui s’est déroulée du 22 au 25 avril, Seymour Hersh a livré à ses confrères ses réflexions sur le tavail d’investigation, internet, la protection des sources et l’indépendance du reporter. Extraits en quelques mots clés:

INTERNET -- "Avant, on pouvait encore s’en sortir avec peu de moyens mais, aujourd’hui, tout devient plus cher et l’industrie de la presse est en train de mourir. Internet m’inquiète – la moitié de ce qui y est diffusé n’est pas bon – mais nous devons faire preuve de maturité et accepter que nous avons affaire à un nouveau moyen de communication. Je reste optimiste: nous trouverons un modèle économique qui fonctionnera pour l’internet".

INVESTIGATION -- "Nous essayons de faire parler ceux qui ne veulent pas nous en dire plus. Nous ne pouvons pas prétendre que nous sommes objectifs mais nous avons une vraie passion pour la vérité et l’intégrité. Finalement, si nous regardons le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan… nous n’avons rien appris, c’est pour cette raison que notre métier est important. Le travail du gouvernement est de garder des questions secrètes, notre boulot est de les publier (…) Nous avons appris, en particulier aux Etats-Unis, à vivre dans un système faux et de mensonges de la part de nos hommes politiques. Des choses terribles se passent en Afghanistan et on n’en parle pas. Les conséquences de la guerre en Irak ou en Afghanistan ne sont pas seulement réelles dans ces pays, elles sont aussi terribles pour nos sociétés".

INDÉPENDANCE -- "La pire des choses qui soit arrivé aux journalistes est d’avoir pu accompagner les militaires sur le terrain. Après le 11 septembre, trop de journalistes ont rejoint des unités militaires. Ce n’est pas notre travail, je suis intransigeant sur ce point".

INFORMATEURS -- "J’ai toujours eu beaucoup de chance avec des retraités de la CIA ou d’autres organisations, ce sont mes principaux témoins. Quant à la protection de mes sources, je n’ai jamais témoigné devant le Congrès ou parlé à la police. Je ne conserve aucun nom dans mon ordinateur, j’utilise le téléphone uniquement pour prendre rendez-vous avec mes contacts – le fait que je les appelle ne prouve rien – et j’ai un bureau dont le lieu est tenu secret car je n’utilise jamais celui du New Yorker".

INFORMÉ -- "On me demande souvent: ‘Quels conseils donneriez-vous aux jeunes journalistes ?’ Mais il n’y a pas de réponse simple. Il faut beaucoup lire avant d’écrire, ne pas pousser l’histoire vers le sensationnalisme – une bonne histoire, une histoire puissante se racontera d’elle-même, c’est pour ces histoires-là que je fais ce métier. Le meilleur conseil, peut-être, est de venir armé d’informations face à un interviewé".


DOSSIER: Ils paient pour que vous enquêtiez

Soutiens des lecteurs, dons de fondations privées, bourses des pouvoirs publics… Venu des Etats-Unis, le financement alternatif des enquêtes journalistiques gagne tous les continents.

"Nous devrions parler de contenu or nous parlons de financement car le financement est indispensable pour faire ce que nous faisons". Margo Smit, directrice de l’Association néerlandaise des journalistes d’investigation, tenait ce propos avant chaque débat qu’elle animait à Genève, lors de la Conférence mondiale des journalistes d’investigation, qui s’est déroulée du 22 au 25 avril. Sa boutade résumait assez bien le sentiment de nombreux professionnels présents : si l’investigation journalistique relève de l’intérêt public, les médias d’information qui investissent du temps ou des moyens humains et matériels dans des enquêtes de longue haleine se font de plus en plus rares.

"Nous vivons une situation tout à fait paradoxale", constate le journaliste sud-africain Justin Arenstein, fondateur de l’agence de presse African Eye News Service. "Aujourd’hui, les équipes et les moyens destinés à l’investigation sont en chute libre dans les salles de rédactions, tandis que les groupes de donateurs privés et les initiatives publiques ou citoyennes de soutien n’ont jamais été aussi vives et aussi nombreuses".

La voie du "non profit" américain

Aux Etats-Unis, différents modèles financent aujourd’hui le journalisme d’investigation: des bailleurs de fonds privés, des collectes en ligne, des fondations à but non lucratif et des groupements de journalistes. Les trois piliers de ce mouvement, devenu international, sont The Fund for Investigative Journalism, lancé en 1969 par le philanthrope Philip M. Stern, le réseau des Investigative Reporters and Editors, créé en 1975 dans le Missouri, et The Center for Investigative Reporting né deux ans plus tard à Berkeley. "En quelques années, des initiatives similaires ont vu le jour dans des pays scandinaves, aux Philippines, au Mexique, en Europe, etc. Les choses se sont ensuite accélérées après la 1ère Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation organisée à Copenhague en 2001", explique Dave Kaplan du Center for Public Integrity à Washington.

Six ans plus tard, une étude du Center for International Media Assistance recensait une quarantaine de groupes et d’organisations à but non lucratif créés dans 27 pays afin de soutenir et de financer des enquêtes journalistiques. "Aujourd’hui encore, ce modèle se répand aux Etats-Unis à l’échelle régionale. Des centres financent, par exemple, des journalistes d’investigation en Californie ou dans d’autres états. Ils travaillent sur des histoires plus locales mais qui relèvent tout autant de l’intérêt public", poursuit Dave Kaplan.

Ces modèles non marchands aidés par des philanthropes individuels ou privés sont-ils viables ? Brant Houston, qui dirige The Investigative News Network, une coalition d’une vingtaine de centres de ce type aux Etats-Unis, en est convaincu vu la longévité de certains et la qualité des enquêtes qu’ils ont déjà financées. "L’enjeu reste celui des dons qui doivent arriver chaque année et il faut aussi penser à d’autres types de ressources, comme la vente de livres", concède-t-il. L’avenir du journaliste d’investigation, selon lui, sera bel et bien en ligne. Et probablement à l’image de la salle de rédaction du site internet ProPublica.org, dont l’une des collaboratrices vient d’être récompensée par un prix Pulitzer dans la catégorie investigation… une première pour un portail d’information à but non lucratif, fondé grâce à la générosité d’un coupe de Californiens (qui lui a alloué 10 millions de dollars par an !) et au mécénat individuel de ses lecteurs, encouragés par la déductibilité fiscale des dons en vigueur aux Etats-Unis.

Chez nous et ailleurs

En Belgique, les appels aux dons ou les portails de journalistes soutenus par des lecteurs – comme le site Parlemento.com du journaliste Mehmet Koksal – sont encore rares mais trois fonds soutiennent déjà des enquêtes approfondies : le Fonds Pascal Decroos (créé il y a dix ans en Flandre), le Fonds européen pour le journalisme d’investigation (lancé il y a un peu plus d’un an sous la houlette du fonds flamand) et le Fonds pour le journalisme en Communauté française (né en septembre 2009 à l’initiative de l’AJP). Les deux expériences "communautaires" fonctionnent avec une subvention gouvernementale de 250.000 euros, tandis que le fonds européen bénéficie notamment de soutiens d’organisations comme l’Open Society Institute.

La question du financement se pose aussi, mais dans des contextes économiques et politiques très différents, pour les responsables du Forum for African Investigative Reporters, qui finance des enquêtes panafricaines grâce à des donateurs internationaux. "Les médias en Afrique sont très souvent financés par les partis politiques au pouvoir ou par l’opposition. Le public ne les voit donc pas comme desservant son intérêt. Nous partons du principe que le lecteur soutiendra un journalisme qui rencontre ses préoccupations", explique Evelyn Groenink, responsable de l’antenne sud-africaine. "Nous fonctionnons principalement avec l’aide de donateurs, comme l’Open Society Institute, et nous essayons de mettre en avant des enquêtes qui ont des répercussions dans plusieurs pays", ajoute-t-elle.

"L’un des effets positifs de la crise économique est que les grands médias traditionnels comme le New York Times, par exemple, sont beaucoup plus ouverts aux partenariats et aux collaborations extérieures innovantes", explique Justin Arenstein. "Les journalistes d’investigation en Afrique ou ailleurs devront apprendre à jongler avec plusieurs sources de financements et de revenus."

Autre exemple, en Inde, Shantanu Guha Ray, qui travaille pour le magazine indépendant Tehelka, détaille sans rougir les sources hybrides de financement de son média, spécialisé dans les enquêtes sur la corruption: "Un peu d’abonnements, de la publicité, plusieurs petits investisseurs (comme un propriétaire de vignes en France) et des dons de lecteurs qui nous soutiennent depuis l’étranger".

Il y a quelques mois, la journaliste indépendante Lindsey Hoshaw créait un "buzz" sur internet après la publication par le New York Times de son reportage sur une mer de déchets dans le Pacifique. Cet article, acheté par le quotidien, avait été en partie financé par des internautes via Spot.Us, un site qui permet à des citoyens de miser sur un projet d’enquête. Clark Hoyt, le médiateur du journal, avait été soumis à un flot de questions et de réactions de la part des lecteurs. Dans un article intitulé "One Newspaper, Many Checkbooks" (Un quotidien, plusieurs chéquiers), il annonçait déjà la fin d’un vieux modèle: celui où les éditeurs décident de l’info, envoient les reporters couvrir le sujet et paient leurs dépenses. Le partenariat avec Spot.Us représente "un nouveau pas dans un monde encore inimaginable il y a quelques années", écrivait-il.

>>> VERS D'AUTRES LIENS
Pour connaître les fonds, les bourses, les associations et les réseaux professionnels qui soutiennent le journalisme d'investigation et le reportage approfondi.

AGENDA : Journalismfund.eu: Appel à projets européens

Le Fonds européen pour le journalisme d’investigation (Journalismfund.eu) lance un appel à projets transfrontaliers ou portant sur les matières européennes.

Vous avez une idée d’enquête en collaboration avec un (ou plusieurs) confrère(s) européen(s)… ou vous souhaitez approfondir un sujet lié à l’Union européenne… Vous avez jusqu’au 14 juin à 12h00 pour introduire votre demande de bourse.

Le jury du Fonds européen dispose pour cet appel à projets d’une enveloppe de 25.000 euros.

>>> Voir le règlement
>>> Consultez les critères de sélection

Contact :
Brigitte Alfter, directrice
brigitte.alfter@journalismfund.eu

FONDS - Appel à projets - Envoyez votre dossier avant le 15 juin!

Chaque trimestre, un jury de professionnels sélectionne les projets qui seront entièrement ou partiellement soutenus. Six critères d’évaluation sont pris en compte : le caractère exceptionnel, l’originalité et la faisabilité de votre projet, sa valeur informative, son intérêt pour le public de la Communauté française et votre motivation à le réaliser.

>>> Comment soumettre un projet ?
>>> Lisez le règlement du Fonds et ne ratez pas la prochaine date limite de remise des dossiers : 15 juin 2010 !

Infos et contacts
Cécile Walschaerts - Coordinatrice
info@fondspourlejournalisme.be
TEL : 02 235 21 93

ZOOM : Le prix de l’enquête – interview de Martine Simonis

Comment financer les enquêtes journalistiques alors que la presse a de moins en moins de moyens ? L’investigation doit-elle être financée par des fondations privées ou publiques ?

Médialogues, l’émission qui décrypte l’actualité des médias pour la Radio Suisse Romande, s’est penchée sur la question à l’occasion de la Conférence internationale des journalistes d’investigation qui se tenait du 22 au 25 avril à Genève.

>>> Ecoutez l’interview de Martine Simonis, Secrétaire générale de l’AJP et de Vincent Nouzille, journaliste d’investigation, auteur de plusieurs enquêtes dans les milieux politiques français. (Réalisation : Florence Farion)



>>> Vers les sites Médialogues et Médiablogues