Kiev 2011

Journalistes et renseignements: quand un agent a des choses à vous dire

13 October 2011

Que faire si un agent de services de renseignements vous contacte pour révéler des dysfonctionnements ou des abus dont il aurait connaissance? Quels sont les liens entre renseignements et médias? Deux questions qui ont fait, ce mercredi matin, l’ouverture de la Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation, qui réunit environ 500 journalistes et professionnels à Kiev, en Ukraine.

Annie MachonInvitée à ouvrir les ateliers et les débats de cette conférence, Annie Machon (photo) a retracé son parcours turbulent d’officier des renseignements britanniques (MI5, en charge des affaires intérieures) et a ensuite expliqué son rôle de “whistleblower” (littéralement “celui ou celle qui souffle l’info”) après avoir démissionné de ses fonctions.
Durant plusieurs années, Annie Machon et son compagnon David Shayler (aussi agent du MI5) ont observé le fichage de candidats travaillistes aux législatives de 1992, la constitution de dossiers sur des citoyens ordinaires, des opérations illégales et des dysfonctionnements qui ont, par exemple, empêché d’éviter des opérations de l’IRA sur le sol britannique, a-t-elle expliqué. Le couple intègre ensuite un département en charge du terrorisme international et apprend l’existence d’un plan destiné à assassiner le dirigeant libyen Muammar Khaddafi, ainsi que des écoutes qui visaient une journaliste du quotidien The Guardian.

Aux journalistes

En 1996, Machon et son compagnon démissionnent. David Shayler contacte un correspondant du Mail On Sunday pour révéler des informations. Cette décision et ces révélations mettent le couple en danger. Ils fuient en France. Les risques touchent la sphère financière, familiale, ainsi que le journaliste.
Au Royaume-Uni, plusieurs textes juridiques et lois (Official Secrets Act, Terrorism Act, etc.), ainsi que le “Defence, Press & Broadcasting Advisory Commitee (DPBAC)” peuvent poursuivre ou censurer la diffusion d’informations jugées comme portant atteinte à la sécurité nationale. Tant la source que le journaliste sont concernés.
Appelant les journalistes à défendre la recherche de la vérité et à soutenir ceux qui dénoncent des dysfonctionnements au sein de services publics, Annie Machon a ensuite rappelé plusieurs précautions à prendre lors d’enquêtes sur les services de renseignements : utiliser plusieurs téléphones portables et cartes d’appel ; ne jamais converser avec sa source dans sa rédaction, chez soi ou dans son véhicule ; ne jamais rencontrer sa source à deux reprises au même endroit et utiliser des services de correspondances électroniques cryptées.

→ En savoir plus : Annie Machon, Spies, Lies and Whistleblowers: MI5, MI6 and the Shayler Affair (Book Guild Ltd, 2005).

En Belgique, le journaliste flamand Kristof Clerix (MO* Magazine) a publié, en 2008, Les services secrets étrangers en Belgique. En toute impunité ?“. Il y explique notamment ses méthodes de travail et d’enquête sur les services de renseignements (aux Editions Racine).

M. K. et C. W.

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