Sortie de presse

Le financement au cœur de l’investigation

8 November 2012

Le crowdfunding ! En Belgique on s’interroge encore trop souvent sur la signification de ce mot. Pourtant, il est au centre de la mutation profonde que subit actuellement le monde journalistique. Pour mieux comprendre ce phénomène émergent, un étudiant de l’Ihecs, Florent Marot, vient de terminer la rédaction d’un mémoire sur « Les apports du crowdfunding au journalisme indépendant ». A lire en résumé ci-dessous ou intégralement ici.

La question centrale est de voir si, et dans quelle mesure, ce financement alternatif permet l’éclosion de travaux journalistiques de qualité. Le principe est simple : le journaliste développe son idée indépendamment de toute structure, il rédige un projet et en réalise une présentation. Ce projet est soumis à une plateforme de crowdfunding, qui est en quelque sorte une vitrine sur internet. L’idée est alors de faire financer le projet par les internautes qui reçoivent, en contrepartie, des cadeaux en lien avec le sujet (une photo, un dvd du reportage…). A l’auteur du projet de se faire connaître et apprécier par tous les moyens de communication à sa disposition ( mails, réseaux sociaux, événements…).
Cette formule a pris son envol dans les pays anglo-saxons, dans des domaines variés (musique, création artistique, livre…). En France, certaines initiatives offrent une réelle opportunité de financement également. Mais en Belgique, la formule a du mal à démarrer. Pour plusieurs raisons. Les journalistes sont encore souvent liés à un média et le milieu des donateurs potentiels belges est limité.

Ce que ça change ?

Comme le relaie Florent Marot, le journaliste est souvent figé dans un rôle de traitement de l’information plutôt que de recherche d’informations. Les financements alternatifs, dont le crowdfunding mais aussi les aides du Fonds pour le journalisme, permettent cependant de sortir de certains carcans imposés par les éditeurs traditionnels.
Le journaliste monte son projet en toute indépendance, sans contrainte éditoriale, sans se couler dans le moule d’un média spécifique, sans imposition de sujet ou de traitement particulier. Cette liberté et cette indépendance doivent cependant répondre à d’autres contraintes : il faut interpeller et accrocher l’internaute. Le journaliste doit dès lors déployer une série de compétences variées. Son sujet doit séduire (persuasion) et être multimédia (polyvalence), accrocheur (marketing) et géré de A à Z (de l’idée à son atterrissage).

Une communauté d’intérêts ?

Libre et indépendant, le journaliste qui s’en remet aux internautes pour pouvoir réaliser son travail est-il membre ou acteur d’une nouvelle communauté d’intérêts ? Car les internautes qui choisissent de soutenir un travail peuvent aussi influencer le projet, en communiquant des informations au journaliste. Une telle interaction existe bel et bien mais elle reste limitée, nous enseigne ce mémoire. Le journaliste en quête de financements doit malgré tout trouver lui-même son public.
Le mémoire souligne aussi le risque de voir des communautés militantes, voire extrémistes, se cotiser pour peser sur la production d’informations. En soutenant massivement certains projets plutôt que d’autres et en orientant le débat. Rappelons cependant que les gérants des plateformes de crowdfunding peuvent aussi filtrer les projets proposés.
S’agit-il dès lors d’un réel modèle de financement alternatif pour les journalistes investigateurs ? Non, du moins pas pour le moment. Par contre, le crowdfunding peut constituer une source alternative de revenus parmi d’autres. Et il permet de produire des travaux originaux et de qualité. Qui, avec un site internet et des réseaux sociaux, n’ont même plus besoin de la visibilité des médias traditionnels pour toucher leur cible.

Jean-Pierre Borloo

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