Kiev 2011

L’enquête internationale manque aussi de fonds

15 October 2011

La Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation (GIJC 2011) s’est aussi penchée, à Kiev, sur le manque de fonds pour des enquêtes internationales. Des fondations sans but lucratif, de riches donateurs privés ou des collaborations transfrontalières peuvent-elles aider de tels projets? Autour de la table : des journalistes à la recherche de financement, des représentants de fonds qui attribuent des bourses directement à des journalistes et des fondations qui financent indirectement l’investigation via des projets garants de la démocratie ou des droits fondamentaux.

Le premier constat est que des journalistes en Colombie, à Haïti, en Europe de l’Est, en Grèce, aux États-Unis ou au Royaume-Uni cherchent de l’argent pour financer des projets d’enquête sur la corruption ou la criminalité organisée.
D’un côté, on observe de plus en plus de journalistes qui cherchent individuellement du financement pour mener des enquêtes ; de l’autre, tout un mouvement qui appelle à un journalisme de qualité car c’est un garant de la démocratie “, a expliqué Gordana Jankovic, qui travaille pour Open Society Foundations, à Londres, “mais nous n’avons pas d’argent pour soutenir tout un modèle économique“, a-t-elle précisé.

Les fondations (International Media Support, Open Society Foundations, The Knight Foundation, Internews, The David and Elaine Potter Foundation, entre autres) ont des programmes, des objectifs et des zones géographiques d’activité ou de financement aussi variés que la situation des journalistes et des médias à travers le monde. Elles ne financent pas directement des enquêtes mais des programmes de soutien au journalisme.

ProPublica.org, aux États-Unis, est souvent cité pour illustrer le développement des aides sans but lucratif (“non-profit”) dans des médias d’information. Financée par une fondation familiale privée (The David and Elaine Potter Foundation), ce projet est parvenu à miser entièrement sur l’investigation et à vendre la production de sa rédaction aux médias traditionnels. En 2010, l’une de ses journalistes a été récompensée d’un Prix Pulitzer. Mais le modèle a ses limites sans l’aide du principal donateur et en l’absence d’autres généreux partenaires. “Des aides de fondations ont eu un certain succès mais ces succès restent peu nombreux et, de notre côté, nous ne voulons pas être un donateur unique’“, a souligné Algirdas Lipstas d’Open Society. La plupart des représentants de ces fondations ont appelé les journalistes à être créatifs et à réfléchir aussi à un modèle économique viable pour leurs enquêtes.

Mettre en réseau ?

Une première piste serait l’investigation transfrontalière ou la création de réseaux de journalistes d’investigation. Plusieurs projets de ce type sont soutenus par des fondations en Afrique (FAIR) ou dans des pays d’Europe de l’est (SCOOP). Open Society et d’autres donateurs financent partiellement Journalismfund.eu, qui attribue des bourses à des journalistes pour des collaborations transfrontalières entre confrères européens. En pratique : une journaliste lettonne enquête sur un trafic d’êtres humains depuis la Lettonie vers l’Irlande. Un journaliste irlandais travaille sur le même sujet en sens inverse. Grâce à une bourse, ils peuvent collaborer, progresser plus rapidement dans leurs recherches et réduire les coûts. L’enquête est ensuite publiée, de part et d’autre, dans leur média respectif. Journalismfund.eu s’appuie sur l’expérience et la structure du Fonds Pascal Decroos en Belgique (un système de soutien direct aux journalistes qui existe depuis plus de 10 ans en Flandre, et dont s’est notamment inspirée l’AJP lors de la création du Fonds pour le journalisme en Communauté française, en 2009).

C.W.

→ En savoir plus

En juin 2011, Active Philanthropy, une organisation présente en Allemagne et aux Etats-Unis et qui conseille des donateurs privés, a publié une étude intitulée “The Field of Nonprofit Funding of Journalism in the United States“. Dirigée par l’école de Journalisme de l’Université publique du Wisconsin-Madison, elle analyse près de 700 projets qui ont bénéficié de dons. Le rapport met en lumière l’apport de ces dons à des enquêtes plus locales, à des sujets peu traités jusqu’ici aux Etats-Unis et aborde aussi la question de la viabilité pour les bénéficiaires.

Tags : , , , ,