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Les scoops de Seymour Hersh

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20 May 2010

En 1969, après un an d’enquête, le journaliste américain indépendant Seymour Hersh révèle le massacre des villageois du hameau de My Lai (Vietnam) par des soldats de l’US Army. A cette époque, il est l’un des premiers journalistes à bénéficier d’une bourse de quelques milliers de dollars du Fund for Investigative Journalism à Washington.

En 1969, après un an d’enquête, le journaliste américain indépendant Seymour Hersh révèle le massacre des villageois du hameau de My Lai (Vietnam) par des soldats de l’US Army. A cette époque, il est l’un des premiers journalistes à bénéficier d’une bourse de quelques milliers de dollars du Fund for Investigative Journalism à Washington, financé par le philanthrope Philip M. Stern. Ce travail lui vaudra un prix Pulitzer.

Trente-cinq ans plus tard, il révélera pour The New Yorker les tortures à la prison irakienne d’Abu Ghraib. Invité à la Conférence internationale de Genève, qui s’est déroulée du 22 au 25 avril, Seymour Hersh a livré à ses confrères ses réflexions sur le tavail d’investigation, internet, la protection des sources et l’indépendance du reporter. Extraits en quelques mots clés:

INTERNET — “Avant, on pouvait encore s’en sortir avec peu de moyens mais, aujourd’hui, tout devient plus cher et l’industrie de la presse est en train de mourir. Internet m’inquiète – la moitié de ce qui y est diffusé n’est pas bon – mais nous devons faire preuve de maturité et accepter que nous avons affaire à un nouveau moyen de communication. Je reste optimiste: nous trouverons un modèle économique qui fonctionnera pour l’internet”.

INVESTIGATION — “Nous essayons de faire parler ceux qui ne veulent pas nous en dire plus. Nous ne pouvons pas prétendre que nous sommes objectifs mais nous avons une vraie passion pour la vérité et l’intégrité. Finalement, si nous regardons le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan… nous n’avons rien appris, c’est pour cette raison que notre métier est important. Le travail du gouvernement est de garder des questions secrètes, notre boulot est de les publier (…) Nous avons appris, en particulier aux Etats-Unis, à vivre dans un système faux et de mensonges de la part de nos hommes politiques. Des choses terribles se passent en Afghanistan et on n’en parle pas. Les conséquences de la guerre en Irak ou en Afghanistan ne sont pas seulement réelles dans ces pays, elles sont aussi terribles pour nos sociétés”.

INDÉPENDANCE — “La pire des choses qui soit arrivé aux journalistes est d’avoir pu accompagner les militaires sur le terrain. Après le 11 septembre, trop de journalistes ont rejoint des unités militaires. Ce n’est pas notre travail, je suis intransigeant sur ce point”.

INFORMATEURS — “J’ai toujours eu beaucoup de chance avec des retraités de la CIA ou d’autres organisations, ce sont mes principaux témoins. Quant à la protection de mes sources, je n’ai jamais témoigné devant le Congrès ou parlé à la police. Je ne conserve aucun nom dans mon ordinateur, j’utilise le téléphone uniquement pour prendre rendez-vous avec mes contacts – le fait que je les appelle ne prouve rien – et j’ai un bureau dont le lieu est tenu secret car je n’utilise jamais celui du New Yorker“.

INFORMÉ — “On me demande souvent: ‘Quels conseils donneriez-vous aux jeunes journalistes ?’ Mais il n’y a pas de réponse simple. Il faut beaucoup lire avant d’écrire, ne pas pousser l’histoire vers le sensationnalisme – une bonne histoire, une histoire puissante se racontera d’elle-même, c’est pour ces histoires-là que je fais ce métier. Le meilleur conseil, peut-être, est de venir armé d’informations face à un interviewé”.

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